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Rôle des journaux

[Billet initialement publié le 24 janvier 2006 sur mon précédent blog. A l'époque, j'avais trouvé ce terme de "pré média" pour désigner les blogs et autres publications à vocation non professionnelle mais transmettant tout de même de l'information. J'aime toujours ce terme. Et vous ? :) ]
Depuis sa création Internet a été considéré comme un média, et le moindre site web comme une source d’informations en tant que tel. Cependant l’amalgame permanent entre sites perso et sites médias pourrait être une erreur.

Internet, c’est avant tout un moyen de communication. Arrêtons de considérer tout ce qui est sur internet comme autant de médias.
Préférons dire : « Internet est un média dans le sens diffuseur [support] de communications« . Ainsi nous pouvons comparer Internet à la diffusion papier. Nous y retrouvons d’ailleurs les mêmes types de production que sur internet : les journaux (sites médias), les fanzines (sites perso et blogs), les catalogues (sites de présentation de produits), la VPC (sites marchands), les annuaires (directory…) Nous constatons qu’il y a donc une re-production de ce qui existe en format papier sur le net.

Il pourrait exister tout de même deux différences notables entre les deux médias.

- D’une part un site internet peut regrouper facilement plusieurs types de productions, là où le nombre limité de pages empêchent de regrouper en une seule fois, par exemple, un journal, un catalogue produit et une communauté. Pourtant notons la convergence entre les médias qui éditent des catalogues produits (le hors-série numérique du Point) et les marchands qui éditent des magazines (Ikea, McDonald…).
Cette convergence estompe cette première différence puisqu’un acteur de l’univers du papier peut réaliser tout types de production.

- D’autre part posons-nous la question de l’audience. Doit-on considérer un blog à succès comme un journal à part entière ? Difficile d’apporter une réponse claire à cette interrogation. Mais si l’on regarde l’audience des principaux blogs, on s’aperçoit qu’ils sont moins fréquentés que les sites médias. Et si un blog devient vraiment incontournable, il peut alors basculer dans la sphère « site média » en se professionnalisant.
Attention cependant : donner son avis perso ou piquer des informations ailleurs (merci les moteurs de recherche) ne font pas de son auteur un journaliste. Au mieux un chroniqueur, dont le but est d’interpréter les faits afin de donner son point de vue et non juste de les transmettre.

Une autre possibilité réside dans la précarité d’un blog ou d’un site perso. Ceux qui durent longtemps sont soit l’émanation d’un département marketing, soit sont tenus par des bloggers professionnels.

Difficile, donc, de considérer les productions artisanales (blogs, sites perso) comme des médias à part entière. Il s’agit plutôt de pré-média, c’est à dire dans un produit qui pourrait devenir un média, à savoir une audience, un business model, une légitimité et la confiance de ses lecteurs.

[Note : un dernier paragraphe concluait la version précédente du billet, mais le lien auquel il faisait référence n'est plus actif]

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[Billet initialement publié en septembre 2006 sur mon précédent blog. Certaines choses datent, notamment les exemples, mais les idées restent assez dans l'air du temps, à lire par exemple le billet de Damien Van Achter sur owni]

Il est désormais possible de partager l'information sans intermédiaire

Parmi toutes les comparaisons et toutes les définitions à propos du Web 2.0, il y en a une qui pourrait le caractériser particulièrement bien, c’est celle de peer-to-peer de l’information. Les conséquences de cette nouvelle distribution de la connaissance pourraient être fatales aux marques médias actuelles, et favoriser l’émergence de nouveaux entrants. Dans ce cas, quelles seront les sources d’information dans cinq ans ?

Jusqu’à maintenant Internet était considéré comme un quatrième média, complémentaire à la presse, à la radio et à la télé.
Les seuls qui voyaient le Net comme un danger pour leurs activités étaient les maisons de disque, les studios de cinéma et, dans une moindre mesure, les éditeurs de jeux vidéo.

Souffrants du P2P, ils regardent d’un mauvais oeil tous ces internautes s’échanger leurs produits via des services gratuits. Ce non-engouement pour le Net leur a valu de nombreuses critiques dans les médias, jusqu’à la période actuelle, qui définit le 2.0. Car le P2P, cette notion d’émetteur / récepteur sans génération de valeur pour l’intermédiaire, s’étend désormais très largement au-delà des biens culturels et touche, notamment, l’information. Ceux qui, véhéments, attaquaient les maisons de disque en les accusant de ne pas être au goût du jour se retrouvent privés de leur matière première via des sites qui utilisent l’information créée par les internautes. A ce titre Agoravox est intéressant parce que non seulement le site récupère l’information, mais aussi les journalistes, qui représentent une large part des contributeurs. Certes, pour le moment, ils ne sont pas rémunérés, mais ils s’émancipent des médias traditionnels pour disposer d’une tribune. A noter que le fait d’être bénévole n’est pas forcément un drame pour eux qui sont de toute façon mal rémunérés par les journaux traditionnels. La précarité des journalistes n’est pas le débat ici, mais elle contribue fortement à les pousser à essayer de diffuser, par tous les moyens, leurs productions.

 

Une redistribution du temps passé à lire, à regarder ou à écouter

Aujourd’hui, la presse, la radio et la télé voient une érosion de leur part de marché en termes de temps passé. Ce temps passé est récupéré par YouTube, MySpace, les blogs et tous les autres petits sites qui sont ultra-chronophages. Or l’économie des médias est divisée en deux : les émissions d’information, trop chères à produire, et les émissions de divertissement, qui rapportent beaucoup d’argent. Les titres de la presse quotidienne (sur)vivent grâce à leurs suppléments week-end, tandis que les journaux télévisés subsistent grâce aux émissions de divertissement dont les bénéfices sont redistribués. Le 20 heures est encore largement regardé, mais si les émissions qui le financent perdent de l’audience, elles finiront par perdre de la pub : le 20 heures n’aura plus de ressources.


La notion de pré-média

Il y a quelques mois, je qualifiais les blogs et tout site au contenu créé par les utilisateurs de pré-média. L’idée est de considérer ces sites comme des sources d’informations intéressantes pour des points de vue et des interprétations, mais en aucun cas comme des sites relatant des faits d’actualité.
Il n’y a évidemment pas de règle universelle, et des blogs comme techcrunch ou accessoweb sont plus proches du média que du site perso, bien qu’ils soient alimentés par des non-journalistes. Mais nous touchons à une actualité très particulière et de niche : le Net. Chaque support média a son site, émission ou journal parlant de son secteur. Il est évident que l’actualité d’Internet, seuls des sites Web pouvaient la suivre.
Mais ce qui fonctionne pour le thème Internet fonctionnera-t-il pour celui de l’actualité ? Pas sûr, notamment lorsqu’on lit AgoraVox qui est composé plus d’articles d’interprétations que de présentations de faits.
La fin des marques médias actuelles ?

A cela s’ajoute le cycle de vie d’une marque média. Les principaux journaux qui existent aujourd’hui (titres de la presse quotidienne nationale, journaux télévisés, radio) ont pour beaucoup été créés dans les vingt années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Ils appartiennent à deux générations qui les ont vu apparaître, les ont achetés, les ont soutenus. Ces générations ne se retrouvent pas sur Internet, ou en tout cas considèrent l’information diffusée en dehors de ces marques comme peu fiable. Au même titre, la génération des 15-25 ans ne se retrouve plus dans les médias que lisent leurs parents et grands-parents.Les médias actuels sont-ils condamnés à vieillir avec leurs lecteurs ? Si c’est le cas, quelles seront les références de cette jeune génération dopée au Net ? Dans quelle mesure peut-on faire confiance aux blogs ? A Wikipedia ? A AgoraVox ? Nous sommes à une époque charnière pour les médias traditionnels. Si les sources d’information pour les présidentielles en 2012 ne sont plus que les blogs et autres sites aux contenus générés par les internautes, je ne sais pas si cela sera un bien.


A lire

. une étude très intéressante du CLEMI sur l’appropriation des médias par les jeunes, notamment dans le cadre scolaire. Le pdf est ici (repéré chez Cédric Giorgi)
. sur chouingmedia : l’émergence du pré-média

 

 

Photo : AttributionNoncommercialShare Alike Some rights reserved by Roger’s Wife

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La seconde partie de ce billet de mediabistro est particulièrement intéressante, car elle énonce clairement ce qu’i manque à une ville qui perd son quotidien : les communautés n’ont plus de « lieu » de rassemblement.

Si l’association de judo publiera sur son blog, celle des pêcheurs à la mouche sur son forum et la mairie sur son site officiel, il n’empêche que « l’aggrégation » (j’utilise ce terme « web » sciemment) des informations de toutes ces communautés en un endroit unique rend moins visible la notion d’appartenance à un même lieu.
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