Le documentaire A la une du New York Times ? Au marbre !

Dans l'air du temps
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A la Une du New York Times est un parfait documentaire pour ne rien découvrir. A part ce vide, on y voit quelques outils utilisés par les journalistes.

Premières images… et… Oh ! Des rotatives ! Un demi-sourire, un mauvais présage. Je pourrais vous laisser le suspens jusqu’au bout, mais non : on finit aussi sur des rotatives.
Il eu été pertinent de finir sur une salle de serveurs. Ou au moins d’en glisser un plan quelque part, dans les 90 minutes du documentaire. Car c’est désormais là que, en (bonne) partie, se loge l’actualité.
Quant à se lamenter sur une imprimerie qui tourne au ralenti, je n’en reviens toujours pas qu’on en soit encore là… Le New York Times pourra exister, papier ou pas.

 

D’ailleurs, le documentaire ne vous plonge pas dans la rédaction du New York Times. Il vous place à côté de deux journalistes de la rubrique médias  – le vétéran talentueux David Carr et le jeune talentueux Brian Stelter.
Ce n’est donc pas un film sur le New York Times, pitch que vous pouvez lire un peu partout.

C’est un documentaire sur des journalistes du New York Times qui font des papiers sur des journaux qui disparaissent. Et, angle collateral, sur comment le New York Times, lui, s’en sort à peu près. Nuance.

Les autres journalistes en économie, sport, culture, local, etc ? Ils n’existent pas, on ne les voit pas. Et les cas éditoriaux traités ne sont absolument pas représentatifs des choix d’une rédaction au quotidien.
On y voit des épiphénomènes  significatifs, certes, mais tellement loin de la réalité d’une rédaction « generaliste » que c’en est presque une blague.

 

Deux répliques à la Une, coco

Daniel Ellsberg, qui a fourni les documents qui ont déclenché le Watergate : « quand j’ai donné les premières infos sur le Pentagone, il y a eu une période de 22 mois avant la publication dans le journal. Si cela avait eu lieu à l’époque d’internet, j’aurais scanné les documents, et les aurais publié sur des blogs. Il n’est pas sûr que cela aurait eu dans un premier temps autant d’effet (que la publication dans le Times – ndlr), mais ils auraient été accessibles ».

Comme quoi, le support importe peu, il faut « simplement » choisir le plus adapté à l’information que vous souhaitez faire passer.A noter que Maning est comparé à Ellsberg , toujours maitre étalon dans les fuites de documents.
A se demander ce qu’il y bien de nouveau dans les fuites de wikileaks… hormis le fait qu’elles semblent être « notre » watergate générationnel. S’il faut attendre 35 ans pour de prochaines fuites, le fonds de roulement de wikileaks a besoin de votre soutien inconditionnel jusqu’à la retraite !

 

Bill Keller, Executive Editior The New York Times (à la retraite aujourd’hui)  « La vérité, c’est que Wikileaks n’a pas besoin de nous »
Faux. Et Wikileaks / Julian Assange le savent bien, c’est pour cela qu’ils utilisent la relative confiance des lecteurs envers les journaux pour diffuser leur infos.
À noter d’ailleurs une qualification subsidiaire mais révélatrice appportée par Assange à la question de Brian Stelter : « vous sentez-vous proche du journalisme ? »

C’est clairement un mot auquel je m’associe. Mais il est certain que je suis un activiste aussi. Et si je devais choisir entre les deux, je me sens plus proche des valeurs de l’activisme, qui représentent généralement un combat au service de la justice. Les valeurs du journalisme sont plus embrouillées.

 

Que cette critique facile et rapide après un premier visionnage ne vous empêche de voir le documentaire, bien au contraire. Il a le mérite de faire un point sur certaines questions que se posent certaines rédactions en ce moment, et il est toujours bon de se sentir moins seul. N’espérez juste pas y trouver des réponses. Comme l’indique d’ailleurs la critique parue dans… le New York Times. Et celle de Mélissa sur son blog.

 

Crédits photo : press kit du site officiel

Cedric

Journaliste web depuis un moment, consultant pour la Wan-IFRA, intervient dans les rédactions (Groupe Express Roularta, Le Figaro, Le Groupe Moniteur, Mondadori, Le Soir, Le Temps...) pour former les journalistes aux outils du web.Profil de Cédric Motte

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