Les #indignés, comme un profond grondement dans l’océan

Dans l'air du temps
Les indignés sont comme des particules d'eau dans les vagues

Certains droits réservés par matthewschutte

En France, comme ailleurs, nous vivons dans des Etats régulés par des lois, des règlements et des comportements par défaut acceptés par leur population.

Quand ces règles ne correspondent plus à la réalité ou aux aspirations des habitants, quand cela dure depuis trop longtemps, les populations grondent. Et les périodes de grondement sont similaires à celles que l’on peut constater dans l’océan.

Quand le grondement reste faible, les vagues sont belles et il peut y avoir un peu de matos de cassé. Dans ce cas, les responsables politiques démissionnent.

Quand il augmente, la houle part de plus loin, depuis plus longtemps, et pour peu qu’un fetch s’en mêle, les vagues sont « close out ». Pas d’autre moyen que de rester au sec. On dissout une assemblée ou un gouvernement, par la voie institutionnelle.

 

Quand il atteint l’ensemble d’une population, les renversements ne sont plus discutés dans les salons feutrés des institutions mais combattus dans la rue. Dans l’océan, ce n’est plus un phénomène météorologique observable qui crée la houle, c’est une cassure nette dans la croute terrestre. On ne peut rien y faire, à part se réfugier dans les montagnes et constater que tout, absolument tout, a changé.

Dans ce dernier cas, le grondement est inattendu. Sans hiérarchie, ni organisation apparente, sauf pour ceux qui sont « dans » la vague. Comme les molécules d’eau.

photo des indignés de france prise sur facebook

Ce que permet aujourd’hui le net, c’est de se passer d’organisation, de hiérarchie et de dépasser la notion d’Etat-nation
Plus précisément, il permet d’envisager la structuration de l’anarchie. Comme la houle crée de jolies lignes structurées des complexes mouvements sous-marins.

 

Chez les #indignés , avez-vous vu sortir le portrait d’un leader quelconque ? Jusqu’ici, non.

Même Al Qaida, dont on vante l’organisation décentralisée, a un leader.

Ce qui change avec cette génération connectée, ce n’est pas qu’elle utilise le net. Elle « vit » avec. Dedans, presque.
Chaque individu agit comme un serveur. Ils sont des noeuds de transmission d’info. Très vite stimulés, transmetteurs en un clic, très vite éteints. Impossible à suivre, donc.

Ce fonctionnement décentralisé, sans leader institué, fonctionne très bien. Le net repose sur sur cette technique. Un serveur de perdu, dix prennent la relève.
Idem avec les indignés. Une personne se lasse de son soutien au mouvement ? Entre temps, 10 autres personnes l’ont rejoint. Il ne s’agit pas d’une adhésion pleine, entière et exclusive comme on pourrait le faire pour un parti ou un syndicat.
Il s’agit d’une adhésion de fond, stimulée par un grondement personnel qui s’agite à ceux des autres.

Les premiers rassemblements, les premiers sit-in, les premières nuits sont tout juste des vagues propres. Les sismologues politiques n’y prêtent pas attention. Mais ce grondement lointain, au plus profond de la terre, des esprits annoncent une grosse houle pour les 1% apeurés sur le rivage.

Cedric

Journaliste web depuis un moment, consultant pour la Wan-IFRA, intervient dans les rédactions (Groupe Express Roularta, Le Figaro, Le Groupe Moniteur, Mondadori, Le Soir, Le Temps...) pour former les journalistes aux outils du web.Profil de Cédric Motte

5 Comments to Les #indignés, comme un profond grondement dans l’océan

  1. Bien vu. Comme l’explique Badiou, l’émeute (informelle, virale) n’est pas la révolution (structurée, pyramidale): « Le problème propre à l’émeute, en tant qu’elle met en cause le pouvoir d’État, c’est qu’elle expose l’État à une variation politique (la possibilité de son effondrement), mais qu’elle ne constitue pas cette variation : ce qui va se passer dans l’État n’est pas préformé par l’émeute. C’est la différence majeure avec une révolution qui propose en elle-même une alternative. C’est la raison pour laquelle, de tout temps, les émeutiers se sont plaint de ce que le nouveau régime soit identique au précédent » (Alain Badiou : « A propos des émeutes en général et en Tunisie en particulier », ENS, Paris, 19 janvier 2011)

    • Merci pour les références, et pour la distinction fine mais fondamentale entre émeute et révolution !
      En appliquant ce schéma aux #indignés, je me demande si nous ne sommes pas un peu plus loin que l’émeute, sans être (encore ?) dans la révolution. Je vois l’émeute comme une réponse soudaine à un fait ponctuel, type la police a tué un gars en scooter en le poursuivant en banlieue. 
      Ici, nous sommes dans une accumulation de faits qui ne portent pas à l’intégrité physique mais – et c’est peut être pire – à la décence de notre condition d’être humain les uns par rapport aux autres…

      (Ok ok, ça fait discussion de comptoir, mais c’est le plaisir d’échanger, même par écran interposé :)

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