// Email : cedric@chouingmedia.com // Skype : cedricmotte // Twitter : @chouing // Mobile : 06 98 34 34 22
Blog » Oui, les journalistes papier sont motivés par le web
3 Comments- Add comment |
Back to Blog Stratégie éditoriale Written on 08-Jul-2010 by cedricEn une année et demi, via la WAN-Ifra, j'ai eu la chance de discuter, préparer, concevoir, et former au web les rédactions de L'Express, de L'Expansion, du Temps, du Télégramme, et dans une moindre mesure celles du Courrier Picard, de L'Equipe, du Progrès.
Autant de journalistes, de rythmes de parution, d'organisations, de cultures et de connaissances d'internet différentes.
Partout, un constat : contrairement à ce que l'on peut entendre deçi delà, les journalistes ne sont pas contre le web.
Il y en a bien quelques uns, souvent grandes gueules, qui expriment violemment leur mépris du support. Ceux-là sont les plus intéressants à convertir. La tâche est ardue, l'évangélisation parfois fatiguante, et l'échec parfois cuisant. Quand on arrive à les faire basculer, ils deviennent d'excellents ambassadeurs.
Il y en a d'autres, parfois proches d'une retraite bien méritée ou au contraire jeune sorti de l'école, qui ne se sentent pas d'entrer dans une nouvelle ère où c'est l'actualité qui impose son rythme. Effectivement, il est loin le confort de bouclages décidés à l'avance...
Mais il y a surtout une grande majorité - environ 80% - qui est prête à comprendre, essayer, tester. Quelque soit leur niveau de départ, ces journalistes sentent qu'il y a un potentiel.
Dès qu'on leur parle d'autre chose que de course à la vitesse,
qu'on leur explique l'intérêt des réseaux sociaux,
qu'ils mesurent la puissance du journalisme de données,
qu'ils vibrent à l'adrénaline du direct,
ou qu'ils imaginent le plaisir à faire du web-documentaire,
alors ils sont psychologiquement prêts à faire du web.
Pourtant, en interne, ils râlent et traînent des pieds. Quels sont les freins à leur participation au site ?
C'est, en tout cas, comme ça que le vive la plupart des journalistes. Souvent à raison, parfois à tort. Dans ce cas, le manque de suivi dans la communication de la part des dirigeants est un drame.
Quelle qu'en soit la raison, c'est sans aucun doute le frein principal. "Si au moins on savait un peu où on va, ce serait plus simple de s'investir" ; "De toute façon, ils font tout au doigt mouillé".
De ce manque de stratégie découle un manque d'organisation. Fatalement, quand vous ne savez pas où aller, vous tirez un peu tout azimut en essayant de maintenir un semblant de certitudes. Pourtant, personne n'est vraiment dupe. Il y a un moment où il faudra *vraiment* réfléchir.
Jusqu'ici les états-majors se sont posés une unique question : "bon, comment faire rentrer un peu de web là dedans ?". Pas de bol, c'est la mauvaise ; la bonne est bien plus large et mérite un billet à part entière.
"Le web, c'est un peu une feuille de chou numérique" ; "Les p'tits jeunes, ils sont sympas hein, mais franchement, ils ne font pas du journalisme". Effectivement, il ne font pas *que* du journalisme. Ils inventent un nouveau média. C'est peut être le fait d'avoir raté le train qui rend les old school journalistes parfois aigris.
Ces réflexions, dispensées allègrement deçi delà, amènent à découper la rédaction en castes. Il y a les "vrais", et les autres.
Face à ce rabaissement permanent, les *effectivement plus* jeunes journalistes numériques osent à peine "demander" à leurs aînés. Il faut du courage pour aller expliquer à un grand reporter de 52 ans que "oui, ce serait bien que son papier pour le web soit rendu avant midi, parce qu'après il est un peu trop tard".
Pour faire court, les équipes web sont faiblement armées pour imposer ce qui doit l'être.
Contrairement à toute attente, c'est aussi par les chiffres que l'on peut convaincre. L'idéal serait d'avoir des chiffres comptables positifs à présenter, afin de montrer la capacité du web à générer des revenus, mais c'est encore un peu tôt...
En attendant, savoir ce qui marche, pourquoi, avec quel temps passé, quelle organisation, voilà des explications qui ne sont jamais - et là pour le coup je pèse mes mots - données. Sans doute pour ne pas vexer les uns et les autres.
Un obscurantisme que l'on trouve aussi parfois dans le papier. Certaines journaux font des vu-lu qu'ils ne montrent pas à la rédaction. La raison est simple : certaines rubriques, considérées comme nobles au sein du journal - comme l'international dans un quotidien régional - ont des taux de lecture proches de zéro. Quand les journalistes pensent participer à la défense de la démocratie, comment leur expliquer que leur travail quotidien ne participe de pas grand chose...
Tout est là, pourtant. Les outils de stats permettent d'avoir une multitude de données, mais cela ne suffit évidemment pas.
Les moyens d'accès sont si multiples sur le web qu'il est indispensable d'expliquer le contexte. Il ne faut *jamais* envoyer un simple "Top 10 des articles les plus lus". Mise en avant sur la page d'accueil pendant telle durée, présence dans la newsletter, dans le flux RSS, liens depuis d'autres sites, etc. Autant de facteurs qui expliquent le succès ou l'échec d'un dossier.
Pour faire cela, le temps est colossal. Vraiment. Et il n'est pas à la portée de tout le monde. Se plonger dans les chiffres n'est pas franchement dans l'ADN des journalistes. Pourtant, c'est indispensable pour comprendre le média.
Un frein qui peut paraître étonnant. Après tout, on est au boulot.
Pourtant, ne levez que celui-ci, et tous les autres freins disparaissent par enchantement. Le plaisir est un message que j'essaie de faire passer lors de mes interventions. On peut s'éclater sur le web, les formats sont magiques, le rapport au lecteur est quelque chose d'étonnant et travailler en équipe (avec des graphistes, des designers, etc) est, en fait, rafraîchissant.
D'ailleurs, ceux qui y ont goûté deviennent accro.
Le web, par son aspect technique, est un apprentissage ingrat, proche de la musique. Oui, il faut faire un effort, oui il faut répéter, rater, se concentrer. Mais quand cela fonctionne, que vous recevez des messages de félicitations, que vous avez la sensation de participer à un débat intelligible, alors le plaisir est décuplé par rapport à l'onanisme dérisoire de voir son article placé en Une. C'est... autre chose.
Au quotidien, rendez-vous sur twitter !
written on 12-Jul-2010
manhack [http://wiki.rewriting.net] says:
J'abonde et plussoie... lors de ma dernière intervention à L'Est Républicain, plusieurs des journalistes, commerciaux et al. à qui j'étais censé exposer le "bimédia", et ce que pouvait apporter le Net au journalisme traditionnel, m'ont demandé si leur direction avait elle aussi assister à ma présentation, réclamant instamment qu'ils puissent eux aussi en profiter, parce que le problème est bien souvent "en haut", et pas "en bas"...
Or, et c'est l'un des principaux enseignements du Net, sa force est d'être "bottom-up", pas "top down", ce qui défie effectivement une bonne partie des schémas journalistiques et médiatiques d'antan...
Prochain objectif : ne pas seulement causer aux journalistes, mais aussi et surtout à leurs employeurs...
written on 13-Jul-2010
philippe [http://imagesetsonsduberryleblog.owni.fr/] says:
Je bosse en PQR et j'ai écrit un papier sur un lycéen arrêté en 1942 (par les gendarmes) et mort en déportation. L'article est aussi paru sur le web et a été lu par plusieurs membres de la famille, qui ne connaissaient pas les circonstances exactes de son arrestation. Rien que pour ça, j'aime le web ! (mais aussi pour les nouveaux formats qu'il permet (texte son image). http://bit.ly/dqUhbm
written on 13-Jul-2010
Sylvano says:
Bien vu Cedric,
Je bosse pour la rédaction Web d'un quotidien et tes remarques collent à la réalité. Les choses évoluent très lentement, depuis des années, on sent que "ça vient", mais bon...
Maintenant, le sujet porte surtout sur le fonds. Les infos sur le Web et celles du papier/radio/télé sont des gouttes de la même eau.
En clair, tous les progrès, les nouveautés apportées par le Net se servent à rien si c'est pour distiller le même brouet inodorant.
Pas de vraie info, pas de lecteur.
S