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Blog » Bon alors, c'est une profession journaliste ou pas ?
10 Comments
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Back to Accueil et blog Written on 03-Feb-2009 by cedric
Rien ne vous dérange dans la capture d'écran ci-dessus, issue de cet article de Rue 89 ?
Lisez bien l'intertitre : "Une trentaine de journaliste lancés dans cette enquête sans a priori"
Ensuite, dans le corps du texte, premières lignes : "...nous avons décidé d'examiner calmement, une par une, avec l'aide d'une trentaine d'étudiants du CFJ en fin d'études...".
Cela appelle deux remarques.
Elle a été réalisée par des étudiants en journalisme, dirigée par un journaliste reconnu sur ces affaires de défense (Guillaume Dasquié, en l'occurence). Elle n'a pas été réalisée par 30 journalistes.
Evidemment, cela n'est pas "dramatique" quand on le lit comme ça. Mais remplaçons cette contradiction par la suivante
"Une trentaine de chirurgiens ont opéré sans a priori"
"nous avons décider d'opérer calmement, [...], avec l'aide d'une trentaine d'étudiants en médecine..."
Tout de suite, cela sonne moins bien non ?
Je suis tenté de dire oui. Un étudiant en journalisme, voir un étudiant en médecine qui agit comme un journaliste, pourrait être considéré comme un journaliste. Oui mais voilà, ce genre de raccourci pose un joli problème de crédibilité pour une profession déjà mal en point. Si les journalistes eux-mêmes disent qu'un étudiant peut être considéré comme journaliste, alors tout le monde peut être journaliste non ?
Petites précisions :
1- je lis régulièrement rue89, et notamment ce dossier, qui est très complet.
2- les étudiants en journalisme font souvent un travail remarquable, car ils appliquent les règles élémentaires. Cela les rend parfois plus "journaliste" que les journalistes en place depuis de nombreuses années.
written on 04-Feb-2009
Christophe Lauer [MS] [http://blogs.msdn.com/sublimaction/] says:
Et sinon, le titre ne devrait-il pas plutôt être "Une trentaine de journalisteS lancés dans cette enquête sans a priori"... On dit bien une trentaine de chevaux et pas une trentaine de cheval ?
Mais bon, OK, l'orthographe c'est une notion désuette et devenue inutile depuis belle lurette
written on 04-Feb-2009
Steven says:
Cher Cédric,
Est-ce un surtitre "survendu" ? Oui, et non.
Certes, nos amis de Rue89 ne se sont pas payé les services de 30 journalistes chevronnés pour mener l'enquête – ça ferait cher la pige ! –, mais ils ont fait appel à des étudiants de l'une des 12 écoles de journalisme reconnues par la convention collective des journalistes. Ce ne sont pas des étudiants lambda (il doit y avoir 200 formations au journalisme en France), c'est déjà ça.
Ensuite, à l'école, on apprend aux étudiants à travailler comme des journalistes. La formation comprend d'ailleurs un certain nombre d'immersions dans le métier. A ce moment là, l'étudiant disparaît au profit du journaiste. Se présenter en tant qu'étudiant-journaliste lors d'une interview, c'est perdre en crédibilité. Il faut s'affirmer. La profession perd en crédibilité car elle ne s'affirme plus assez ! Aux jeunes journalistes de prendre les devants. Que ce soient des étudiants qui sortiront diplômés du CFJ en mai ne me gêne pas le moins du monde.
Le regard des autres journalistes sur les étudiants-journalistes qui débarquent encourage d'ailleurs souvent dans l'oubli du statut d'étudiant pour laisser s'exprimer le journaliste. « T'es pas stagiaire, t'es journaliste », me suis-je déjà vu préciser sèchement par un confrère !
Pour moi, en tant qu'"étudiant-journaliste", parler de "journalistes" dans le cas présent n'est pas une horrible tromperie, et à vrai dire ne me choque pas vraiment. C'est peut-être même sans doute plus une simple question de place (d'ailleurs il manque un -s- à journaliste dans le surtitre), qu'un petit arrangement avec la rigueur que l'on exige dans le métier. Si c'est un soucis de précision, j'imagine que nos amis de Rue89 vont rectifier dans les plus brefs délais. Mais là, c'est davantage une question de point de vue.
written on 04-Feb-2009
narvic [http://novovision.fr] says:
Salut Cédric, ton raisonnement tiendrait si le fait d'être journaliste professionnel était lié à une compétence technique clairement définie, issue d'une formation établie (un diplôme de docteur en médecine, spécialisation chirurgien, par exemple). Or ce n'est pas le cas avec les journalistes professionnels, puisque n'ont droit à ce statut que ceux qui obtiennent plus de 50% de leur revenu de cette activité (pas d'autre critère exigé).
D'ailleurs l'écrasante majorité des journalistes (on était à 88% en 1999, et ça baisse lentement depuis. Source: E. Neveu, "Sociologie du journalisme") ne dispose D'AUCUN diplôme d'une école de journalisme reconnue par la profession. Ça nous fait tout de même 88% de chirurgiens sans formation qui opèrent à coeur ouvert tous les jours. :-)
written on 04-Feb-2009
cedric says:
Christophe, je ne l'avais même pas remarquée celle-là ^^
Steven, je fus moi z'aussi étudiant en journalisme, et dès ma première année journaliste pigiste auprès de Wind magazine, la seconde à Courrier international et la troisième à France 3. Je faisais tout à fait un boulot de journaliste, au même titre que les 30 étudiants ont fait le leur pour ces enquêtes sur Rue89.
Je ne remets pas du tout en cause les compétences des étudiants, loin de là. Dans ce cas précis, je parle de "survente" de l'enquête non pas parce que je considère les journalistes au-dessus des étudiants, mais parce que dans l'esprit de beaucoup de lecteurs - et peut être dans celui de Pascal Riché - il est plus vendeur de dire qu'elle a été réalisée par des journalistes plus que par des étudiants. Ce qui est dommage, car c'est le résultat final qui compte.
Narvic, je maintiens mon raisonnement ;o) Je dirais même que ton commentaire va dans mon sens. Alors que les lecteurs se posent des questions sur la place, le rôle et la plus-value des journalistes, faire croire que des étudiants "en sont" ne donne pas une vision très "qualifiée" du métier. Peut être faut-il regarder un peu de ce côté, aussi.
Quand il faut faire 2, 3 voir 10 ans d'études pour obtenir un job dans d'autres métiers, ce principe de définition du journaliste par un simple calcul fiscal laisse rêveur, non ?
Face aux blogs et autres espaces de publications personnelles, nombreux sont les journalistes qui crient à l'horreur : "C'est de la merde, y a pas d'infos". Soit. Mais alors pourquoi présenter comme journaliste des personnes qui ne le sont pas encore, même dans le réducteur calcul fiscal ?
written on 05-Feb-2009
thierry [http://www.tendancebleue.com] says:
Un étudiant en journalisme est sans doute déjà un journaliste mais avant tout un débutant. Avec son lot de spontanéité et donc de capacité à innover mais aussi son manque d'expérience. Comme tous les débutants dans une profession. Ensuite, si dans un premier temps remplacer le terme journaliste par chirurgien pour voir si ça marche semble intéressant, c'est au final inapproprié. Beaucoup de profession peuvent s'apprendre sur le tas, d'autres pas. Même si 88% des journalistes n'ont pas eu de formation ad hoc, le % de ceux qui sont au final à coté de la plaque est plus faible sans aucun doute.
written on 05-Feb-2009
Sarrdanapale [http://chocolatviennois.wordpress.com] says:
Si vous lisez souvent R89, vous savez comment sont les lecteurs, si étudiant est marqué trop gros, ils critiques sans lire avec un mépris surprenant pour un public, a priori, de gauche et donc, a priori, favorable aux études plutôt longues. Sur R89, les mêmes qui critiquent les étudiants sans lire, sont souvent les mêmes qui vont critiquer Sarkozy s'il baisse les crédits alloués aux Universités.
Et puis ce sont des étudiants en fin d'études, parfois en stage et en apprentissage dans d'autres médias où là ils ne précisent jamais qu'ils sont stagiaires. Vous avez déjà entendu sur France bleu ou RTL, "un reportage de Machin Truc, stagiaire." ? Pourtant ils existent et ils touchent beaucoup plus de gens d'un coup. Mais là vous n'écrivez pas d'articles, bizarre.
Votre article sous-entend qu'ils ne sont pas qualifiés et pas compétents comme des étudiants de médecine, mais moi 30 étudiants en dernière année de médecine qui se penche sur mon cas, je ne suis pas trop inquiet. Ils ont justement un regard frais et sont au courant des dernières techniques.
Dernière remarque: pour les théories du complot, tout se passe presque sur Internet, ne vaut-il mieux pas donc des étudiants, issus de la génération digitale que des vieux schnoques qui appellent une souris un mulot ?
Non vraiment, je pense que votre article se trompe de cible, la capture d'écran intéressante était celle de la photographie de ces étudiants et là une question devait se poser: Pourquoi ne sont-ils pas mis en valeur ?
Le cadre, les habits, rien ne va...
C'est sans doute un étudiant en photographie qui a pris la photo...
written on 05-Feb-2009
cedric says:
Décidément, écrire sous le coup de l'énervement n'est pas une bonne idée, on se fait mal comprendre.
Je le réécris, je le répète et reprend ma formulation exacte et présente depuis toujours dans ce billet :
"2- les étudiants en journalisme font souvent un travail remarquable, car ils appliquent les règles élémentaires. Cela les rend parfois plus "journaliste" que les journalistes en place depuis de nombreuses années."
Loin de moi, donc, l'idée de dire que les étudiants ne sont pas capables de réaliser un travail de journaliste. Mais alors vraiment pas !
Ce billet n'est pas sur le travail des étudiants. Il est sur la présentation de leur travail et, donc, comme le confirme Sarrdanapale, l'obligation de survendre leur travail en les qualifiant de journaliste alors qu'ils sont encore statutairement parlant étudiants.
D'autre part, pour les lecteurs qui ne sont pas journalistes ou dans les médias, faire du journalisme est un métier. Que des étudiants soient présentés comme journalistes ne va pas dans le sens de la défense de la profession, si je puis me permettre.
Sincèrement, vous ne pensez pas qu'une partie de la défiance des lecteurs vis-à-vis des journalistes vient aussi de cette présentation de notre profession ? Une profession justement sans formation obligatoire ?
Notez que j'aime particulièrement cette idée d'une profession où l'on n'est pas obligé de faire une école. Mais en meme temps, je me demande si cela ne renvoie pas une image trop peu sérieuse.
written on 08-Feb-2009
MiKE [http://mickou.info] says:
" Je fus moi z'aussi étudiant en journalisme " .. Ah bon ?! On t'a pas vu souvent aux cours ;-)
written on 15-Apr-2009
Chany167 says:
Je ne suis bientôt plus étudiante en école de journalisme. Mais pour l'heure j'ai ce fameux statut. Et je fais partie d'une des fameuses douze écoles reconnues. Aujourd'hui, pour integrer une rédaction, j'entends par un stage, il vaut mieux faire partie d'une école. Sinon, je ne pense pas qu'on vous ouvre facilement les portes du Monde ni de Libération. A coté de ça, toutes les rédactions (sans exceptions) considèrent les étudiants en journalisme comme des journalistes à part entière, quand il s'agit de monter des pages, d'écrire, de faire des reportages... Personne ne se pose alors la question de votre statut de stagiaire. Le statut de stagiaire ressurgit d'un coup, quand il s'agit de vous payer. Certains stages sont carrément bénevoles, d'autres à 30% du SMIC. Et bien sûr, pas de CDD ni de piges, étant donné qu'on peut nous avoir pour quasiment rien.
Par exemple, un de mes amis, à fait une grande école d'eco avant de faire journalisme. Il a suivi un stage d'un mois à la rubrique éco d'un canard national. Et il a été publié. Une fois le stage fini, le dit canard le rappelle, pour lui proposer des piges. Bénévolement.
On nous demande d'être meilleur sur les outils multimédia, sur le choix des angles, des sujets, que les journalistes "pro", mais nous ne sommes que des stagiaires. C'est le cas de tous les stagiaires vous allez me dire. Mais dans les autres professions, à ce que je sache, le système de piges n'existe pas...
Et on assiste à de plus en plus de blogs, et meme de magazines, qui utilisent des étudiants en journalisme bénévolement, avec l'argument "tu auras ta signature en bas" ou "ton nom sera cité à l'antenne"....
written on 16-Apr-2009
cedric says:
Salut Chany167, merci pour ce long et explicatif commentaire. Effectivement les médias n'ouvrent pas facilement la porte de leur rédaction à des étudiants qui ne seraient pas en école de journalisme. Hors cousin du patron, fils du pote du patron, etc. Un grand classique, donc.
Ton retour d'expérience soulève deux remarques. Sous couvert d'être toujours dans le speed, les journalistes qui reçoivent des stagiaires leurs demande d'être "déjà" des journalistes. Comme si être étudiant en journalisme te donnait déjà les réflexes, aptitudes et recul d'un vieux briscard de l'info. Hors, le but du stage, est de partir d'une condition de "débutant" vers une condition plus professionnelle. Rien de grave là dedans, mais c'est vraiment le rôle des stages non ?
L'autre point repose sur le principe d'une génération de jeunes journalistes qui serait automatiquement à l'aise avec les outils multimedia. "Tiens, toi le jeune, tu vas t'occuper du site web". S'il est vrai que les formations dans les écoles intègrent des cursus multimedia, ce raccourci Jeunes = Octets est un peu rapide ^^.
Tout ceci rejoint l'expérience du mag 20 ans, dont tout le monde parle en ce moment suite à l'article de 20 minutes : http://www.20minutes.fr/article/319423/Media- ... t.php