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 Blog » Aujourd'hui se vend le dernier quotidien papier

 8 Comments- Add comment | Back to Blog Stratégie éditoriale Written on 13-Jan-2009 by cedric
Cette fois-ci, c'est bien fini ! Après quelques années de lent déclin, tous les éditeurs de quotidien papier ont arrêté leurs rotatives. Souvenez-vous, au début d'internet, dans les années 2000, les premiers cassandres prédisaient un dramatique abandon du format papier. Si l'objet a bien disparu, qu'en est-il des gens derrière ? Nous sommes allés à la rencontre de divers acteurs du monde de la presse. Apparemment, ce n'est pas si dramatique...


Jean, 42 ans, Quimper, lecteur assidu de journaux

"Franchement, ça m'en fait bouger une sans toucher l'autre. C'est simple, je suis ce qu'on a appelé un "digital native", un enfant du numérique. Les journaux papier, j'en achetais de temps en temps.... pour les porter à mon père. Parfois je lisais quelques articles, mais sans plus.
Comment je fais pour rester informé ? Je me suis abonné à des sites qui proposent une sélection d'articles. Il parait qu'ils en écrivent aussi parfois. Enfin ce qui m'intéresse, c'est de lire de bons articles et d'avoir une vision globale de ce qui se passe.
Sur certains sujets, je me suis même abonné à des blogs.
Où je lis ces infos ? Ben sur mon iFlook ! C'est la contraction de iPhone et de iBook. Ils ont réussi à intégrer une sorte d'écran numérique qui se déroule comme un parchemin. C'est très pratique.
Combien ça me coûte ? Je l'ai pris en option avec SF-ouygues. Tous les matins je reçois un SMS qui me propose d'avoir accès à l'édition du jour. En fonction du temps dont je dispose, je dis oui ou non. Faut voir parfois le nombre de mises à jour qu'ils font en 24 heures ! Mais bon, l'autre avantage c'est que j'ai accès à toutes les éditions que j'ai ouverte, pratique pour chercher dans les archives."


Alice, 27 ans, kiosquière à Lyon.


"J'ai toujours aimé la presse, les journaux, les magazines. L'idée de vendre des journaux m'est venu quand j'avais 6 ans. J'étais en vacances en Bretagne et mes parents ont dit qu'il était important de se tenir informé pour comprendre dans quelle société on vit. A l'époque j'ai pas trop pigé, mais je me rendais bien compte qu'au petit-dèj, quand papa faisait sa revue de web avec son ordi, fallait pas trop le déranger...
Enfin bref, aujourd'hui je tiens un kiosque place Bellecour. Evidemment le métier a changé. Mais franchement, se lever à 5 heures du matin pour recevoir les journaux, les ranger, les disposer, les compter, s'occuper des invendus etc... Pfff, pour le coup je ne serais sans doute pas là.

Aujourd'hui c'est bien plus simple : je m'occupe de l'affichage des unes. J'ai le même nombre d'emplacements que lorsque c'était du papier. Mais là, je peux changer quand je veux dans la journée. En fonction de l'actualité, et aussi faut être honnête de mes ventes, je change "la une" de mon kiosque. Du coup les passants savent de quoi on parle. S'ils sont intéressés, ils s'approchent et avec leur mobile ou leur porte clé, hop, ils achètent ce qui les a marqué.
Il parait qu'il veulent changer de nom. Kiosque ne serait plus trop adapté. On parlerait alors de "Point Actualités". J'suis pas sûr d'aimer ça... Mais bon, après tout, il y en a bien qui doutaient de la disparition du papier et là, regardez, je gagne autant qu'avant..."


Maurice, 92 ans, dernier ouvrier du livre


"Forcément, j'ai un pincement au coeur. J'ai touché le plomb, moi. J'ai commencé comme Gutenberg, à disposer des lettres à la main pour faire des articles. C'est sûr, on bossait comme des ânes, mais on était bien payé.
L'arrivée de l'informatique, on l'a pas tous vécu pareil. Dans le journal on était une petite bande de 5 ou 6, on s'y est intéressé tout de suite. Les autres disaient "Fabriquer un journal sur un écran ? Mais c'est de la merde !".
Enfin bref, notre petite bande s'est occupé de l'informatisation de l'imprimerie. Puis ensuite on est monté au sein de la rédaction. Y a un peu eu un choc des cultures, mais pas tant que ça. On avait tous la même idée en tête : faire le meilleur journal possible.
Après l'informatique, y a eu internet. Pareil, même scénario. D'ailleurs c'est les mêmes qui ont dit "Lire un journal sur un écran ? Mais c'est de la merde !". Ils ont même rajouté "Et sur internet on lit n'importe quoi !". Sur ce, ils n'avaient pas tort. C'est sûr, y a eu des dérapages au début. Y avait ce monopole de Google, et la possibilité de gruger avec le référencement. Aujourd'hui c'est plus trop possible. En tout cas, mon fils me dit que ça s'est calmé. C'est peut être parce que son profil webbook vient d'être cité par un grand journaliste, vous allez me dire :).

Avec internet, on s'est bien dit qu'il fallait changer de métier, mais on est resté dans le papier. Y a toute une génération de mecs - les développeurs php, asp, ruby, etc - qui ont déboulé. Et en fait, alors que c'était nous qui étions responsables de la fabrication du journal, on s'est fait avoir par peur du changement. Alors que si on avait vraiment aimé notre métier, on se serait pas dit : "y a que le papier qui compte". On se serait dit : "On va faire sur internet un journal aussi bien que celui qu'on vend en kiosque". Faut reconnaitre qu'on a bien freiné les journaux, à pas vouloir changer de métier. Ceci dit, une fois de plus, c'est pas vrai pour tout le monde hein. Notre petite bande, et toutes les petites bandes qui existaient dans chaque journal, ont quand même permis la bascule.
Alors aujourd'hui, j'en pense quoi ? C'est sûr que je regrette mon quotidien papier. Mais c'est l'objet que je regrette, pas les infos qui sont dedans. Celles là, j'y ai bien plus facilement accès avec mon vieux laptop."


Laetitia, 52 ans, journaliste à Bordeaux


"Du moment que je peux faire mon métier, où le problème ? Il y a longtemps il y avait les pigeons voyageurs, et après y a eu le téléphone, non ? L'important, c'est que la communication arrive d'un endroit à l'autre. Là, c'est un peu pareil. Peu importe le support, du moment qu'on peut transmettre l'information.
J'ai eu un parcours classique pour ma génération. Je connaissais bien Bordeaux, j'ai commencé par créer un blog. Je parlais de tout et de rien, j'y faisais pas trop attention. Et puis quand je suis parti deux mois en Inde, mes lecteurs ont dit : "On aime bien te lire, on apprend des choses. Si t'as le temps, tu pourrais jouer au reporter pour nous en Inde ?". Là j'ai compris l'importance de raconter de vraies histoires, de rapporter des faits. Alors j'ai commencé à me documenter sur le métier de journaliste, et je me suis rendu compte que le métier, je le connaissais. Ce que je n'avais pas, juste, c'est le temps et le salaire. Du coup avant de partir, j'ai fait comme tous les mecs qui partaient en reportage début 2000 : je suis allé voir des médias, des marques.

C'est mon discours qui a changé juste. Aux premiers j'ai dit "Voilà, j'ai une communauté de gens qui aiment bien ce que je fais. Ils sont prêts à me lire où que je sois, l'important c'est que ce soit moi qui leur raconte. Vous auriez la possibilité de sélectionner mes articles dans vos éditions du jour ?". Le rédacteur en chef m'a dit "Banco !". Et voilà, lui il a compris que son rôle était de sélectionner et de distribuer les articles les plus intéressants. Non pas que les miens vont révolutionner le monde, mais par contre je sais témoigner, poser des questions, faire des photos, parfois des vidéos...

Aux seconds, j'ai dit "Je viens vous voir parce que je vais en Inde. Je suis ok pour afficher votre nom sur mes habits". Là encore, je suis tombé sur un mec qui m'a répondu "C'est quoi l'adresse de ton blog ?" Je lui ai donné, on a parlé de ma communauté, et hop. Il a été ok. C'est marrant parce que les premiers à faire ça un peu à l'arrache, comme ça, ce sont des français qui sont partis pour un concert de Youtube...

 

Noé, 40 ans, CEO de "someday there is no breaking news"


Je ne sais pas si je suis pour cette disparition du papier. D'ailleurs, petite exclu, nous avons en projet de créer un quotidien papier... Mais puisque c'est l'objet qui fait la différence et pas le contenu, on va s'attacher à produire un journal qui donnera envie aux gens. Ce sera un quotidien plus cher, c'est sûr. Mais en quadrichromie, avec papier glacé. Pas d'abonnement possible. Pour le  contenu, on fera une sélection dans tous les articles qui passent dans les mains des journalistes. Evidemment, dans ceux qu'ils réalisent aussi.

Bon, et sinon, cette disparition du papier était inévitable. Disons qu'elle n'était pas très viable économiquement. C'est surtout le circuit de distribution qui était caduque. Mais les informations qu'on trouvait dans les quotidiens papier, elles étaient toujours autant demandées. Je crois que les journalistes ont été un peu effrayés il y a quelques années. C'est normal, on changeait un peu les règles de leur métier.

Quand ils ont commencé à croire que leur métier allait disparaitre, que tout le monde allait devenir journaliste, etc, ils avaient perdu contact avec leur public. Un peu comme les artistes qui ne font que des CD, sans faire de concert. Les journalistes qui n'ont pas accepté que la relation avec leurs lecteurs change n'ont pas vu qu'ils avaient là l'occasion de montrer combien ils étaient précieux. Aujourd'hui, je crois que c'est bon.
En tout cas, nous, on essaie d'intégrer ces nouvelles dimensions dans notre fonctionnement. On n'impose pas de rythme de publication aux journalistes, on ne cherche pas à les salarier mais on partage les revenus. En fait, on s'occupe de la promotion de leurs articles. Par contre on est dans une relation de confiance avec eux. Ils savent de toute façon que leur crédibilité reposent sur leur pertinence, leur écriture, leur capacité à transmettre le bon message au bon moment, avec les bons mots."

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Ce billet m'est venu l'autre jour, sous la douche (un haut lieu de réflexion...). Le fait est que depuis plusieurs semaines je suis au contact de nombreux journalistes. Nous sommes en train de changer d'époque, c'est certain : internet n'est plus vu comme le diable, mais comme une opportunité. Ce changement d'état d'esprit vient de la prise de conscience que nos enfants sont vraiment des "digital natives". Ce "truc" que vous venez de lire ci-dessus est vraiment une vue de l'esprit, mais pourquoi pas ?
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Comments

  • written on 13-Jan-2009

    Jeff Mignon [http://mediacafe.blogspot.com/] says:

    Très bon !

  • written on 14-Jan-2009

    gabyu [http://www.gabyu.com] says:

    Et si le futur que tu décris ici n'était que le présent ?

    Une petite vidéo (du passé?) : http://tinyurl.com/7nq4zq

  • written on 14-Jan-2009

    Laurent Assouad [http://www.laurent.assouad.com] says:

    Whaou. très bon article Cédric. Merci. J'adore ces projections dans l'avenir, surtout quand elles bousculent un peu les réfractaires au changement. Bravo

  • written on 14-Jan-2009

    Weetabix [http://www.i-actu.Com] says:

    Excellent comme souvent !

  • written on 15-Jan-2009

    [Enikao] [http://enikao.wordpress.com] says:

    C'est étonnant comment la fiction permet de faire passer de nombreux messages... Bel exercice ! ;-)

  • written on 15-Jan-2009

    xtph says:

    Jean de Quimper lit ses news avec son abonnements télécom ? on voit que le terrain se prépare aujourd'hui. Xavier Niel a des part dans Médiapart, Orange passe des accords pour diffuser RFI et France 24.
    si les quotidiens disparaissent les rédactions se recomposeront peut-être chez les opérateurs télécom.

  • written on 22-Jan-2009

    Jérémie [http://www.lycos.fr] says:

    Excellent billet.
    Bel avenir pour Noé :-)

  • written on 22-Jan-2009

    cedric says:

    Bonsoir à tous ! Merci pour vos commentaires enthousiastes (et n'hésitez pas à faire tourner auprès de vos réseaux ^^)

    Excusez mes absences un peu longues, mais ce début d'année est particulièrement actif !

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