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 Blog » Qu'est-ce qui différencie (à ce point !) les pure players des sites issus de médias traditionnels ?

 10 Comments - Add comment | Back to Accueil et blog Written on 06-May-2008 by cedric
Manifestement, les pure players s'en sortent mieux que les autres. Quelle que soit la thématique, leurs sites sont devant en terme d'audience : automobile (caradisiac), féminin (auféminin), cinéma (allociné), high tech (01net), mag généraliste (linternaute)... Ces positions de leaders leur permettent d'être de potentielles belles entreprises rentables, même si certaines ont souffert pendant de longues années, tel allociné. Pourquoi, hein pourquoi ?

Un pure player se définit par son équipe

La définition froide du terme de pure player – des médias diffusant du contenu exclusivement en ligne – ne suffit pas. Il faut ajouter les expériences précédentes des membres de l'équipe. Exit donc les @si, backchich et autres mediapart, bien loin d'être des pure players dans l'esprit. N'oublions pas qu'il s'agit pour eux d'opportunité de rebondir sur le net, comme a essayé de le faire Karl Zéro après la fin du vrai journal. Evidemment il n'y a rien de mal à cela, loin de là ! Mais ils sont de fait déconnectés du web.

L'approche de leur métier

Historiquement, quand ils créent un journal, les fondateurs portent un message qu'ils souhaitent transmettre. Détenteurs d'une vérité, ils prennent partie dans un discours global. Ils créent autour de leur marque des valeurs fortes qu'ils essaient de ne pas perdre en ligne.

A l'inverse, les pure players ont une approche produit : il faut que mon site internet serve au plus grand nombre au sein d'une cible précise (ou non). Sans valeur à défendre, leur approche essaie d'être totalement agnostique et décomplexée vis-à-vis du contenu. Articles, services, affiliation, publicités, base de données utilisateurs... chaque élément est à sa place, l'un ne prend pas le pas sur l'autre.

Des logiques de financement opposées

Mettons de côté les aides de l'état pour la presse et intéressons-nous aux investissements réalisés par des privés dans les organes de presse versus les sites web. L'esprit en est très différent.
Dans les médias classiques ce sont souvent des industriels qui s'offrent, au mieux, un beau trophée pour les dîners en ville ; au pire un porte-voix pour faire passer des messages ; au pire bis une plateforme qui permet des renvois d'ascenseur. Leur achat n'est pas (forcément) motivé par un besoin de rentabilité : il s'agit surtout d'image et d'influence.

Chez les sites pure players, nous avons des investisseurs privés assez discrets dont l'objectif est de dégager de la marge. Ce n'est qu'après que certaines sucess stories sont rachatés par des groupes de presse ou des industriels comme auféminin avec Axl Springer ou doctissimo.fr par Lagardère.

Evidemment, loin de moins l'idée de dire qu'un journal, une radio ou une télé ne doit pas être rentable. D'ailleurs tout le monde la cherche, et c'est on ne peut plus sain. Mais il n'empêche que les déboires du Monde – les 7 années de suite de pertes –  deviennent un problème parce qu'il s'agit d'un groupe média indépendant (capitalistiquement parlant). D'autres passent entre les gouttes malgré des équilibres précaires.

Les uns exercent un métier quand les autres vivent une passion

Hormis les créateurs d'un journal (cela marche avec une boite de production audiovisuelle aussi bien entendu), assez vite les autres membres de l'équipe sont des salariés aux règles du jeu très claires, ne serait-ce que par la présence de syndicats ou d'organismes extérieures telle la commission de la carte de presse. Si leurs heures ne sont pas comptées – n'espérez pas vivre à la cool en étant journaliste – ils rentrent tout de même dans une logique de salariés.

C'est moins vrai pour les pigistes, mais l'usure de la précarité en pousse beaucoup à essayer de trouver un contrat en interne ou à... changer de métier. Albert Londres a eu une phrase dramatique sur le journalisme : « Le plus beau métier du monde, à condition d'en sortir ». Tout est dit !

Vous allez me dire que ce n'est pas très différent chez un pure player, qui in fine fonctionne comme un journal. Oui, dans le principe, Non dans la réalité. Le vivier de compétences est là, disponible sous leurs yeux, via les blogs, les projets open source, les communautés de designers. Quand vous commencez à travailler gratuitement, vous entrez dans l'affect via à vis du travail. Vous le faites parce que cela vous plait, un point c'est tout. Quand se présente l'opportunité d'être payé pour continuer votre passion, c'est le rêve !

Le premier effet kisspacool de tout ça, c'est que vous avez d'un côté des personnes qui luttent pour survivre là où vous avez des personnes ultra motivées qui n'en reviennent pas. Le second effet : une concurrence déloyale car les premiers ont peur de perdre leur job là où les seconds y projettent leur avenir.
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Comments

  • written on 06-May-2008

    ignazio Lo faro [http://www.bnflower.com] says:

    longtemps que je n'étais pas passé par ici.
    toujours aussi bien .
    Très bonne analyse d'ailleurs. Je rajouterai simplement un petit détail.
    au niveau décisionaire les prises de positions stratégiques sont plus rapides car plus souples au niveau des pures players en général . Dans un vrai journal modifer un tant soit peu une stratégie demande des milliers de réunions et des brainstorming à n'en plus finir. Et parfois une idée est "coullée " n'ont pas parce qu'elle n'est pas bonne mais simplement parce que le supérieur hiérarchique n'en n'est pas l'auteur et à peut de se faire prendre sa place. hihi
    Ce genre d' handicap n'est pas aussi " aigu " dans un pure player ou souvent l'équipe est plus réduite et comme tu le dis si bien, l'ambiance est moins "salarié" et plus "aventurier ".
    Le "gout de l'aventure" est une des qualités fondamentales de tout entrepreneur web.
    Merci encore pour cette nouvelle analyse !

  • written on 06-May-2008

    ignazio Lo faro [http://www.bnflower.com] says:

    ooop's désolé j'ai oublié de corriger les fautes .
    J'ai l'air malin maintenant .

  • written on 06-May-2008

    Emmanuel [http://ecosphere.wordpress.com] says:

    Désolé mais pour une fois je trouve l'analyse un peu trop caricaturale. A mon avis il y a confusion entre Pure Player et Start-up ce que semble confirmer le fait que tu mentionnes le changement qu'opère un rachat par un "grand groupe".
    Je ne pense pas que la "passion" soit un élément de distinction ou alors c'est qu'on parle d'activité non professionnelle. Je connais pas mal de pure players organisés en chaîne de travail tout à fait traditionnelle où la "passion débridée" n'existe guère que dans la tête des fondateurs. Inversement il ne faut pas croire que la presse traditionnelle relève de l'industrie siderurgique.

    Afin je te rappelle qu'@si utilisait le web bien avant sa migration et on peut critiquer Schneidermann mais pas pour n'avoir pas pris le Web au sérieux.

    Bref je pense que tu passes à côté de la réalité: pure player est devenu un métier, justement. Heureusement il est encore globalement occupé par des gens passionnés.

  • written on 06-May-2008

    cedric says:

    Bon, OK, je caricature... C'est vrai, et c'est le problème avec ces billets.

    Ceci dit, je dois préciser mon propos : évidemment que pure player un métier. Mais ceux qui le font semblent passionnés. Et quand dans une équipe une personne ne l'est pas, il est possible de trouver un passionné compétent (à condition d'y mettre le prix...).

    J'ai la sensation, peut être fausse, que beaucoup de gens sont passionnés par ce qu'ils font. Je ne parle pas des pauvres gars dans une web agency qui enchainent les sites vitrines, mais ceux qui ont une identité active sur le net, notamment via un site ou un blog, se prennent au jeu.

    Peut être, comme tu l'évoques en disant "Heureusement il est encore globalement occupé par des gens passionnés", que dans 20 ans nous serons blasés par notre métier, qui sera alors considéré à tort comme caduc. En attendant, profitons !

    Cela me fait penser à une discussion que nous avions eu il y a près de deux ans intitulée "Comment le net peut sauver les journaux" (il est dans les archives sur l'ancien blog, il revient en ligne asap).

    Ignazio, content de te retrouver ici ! La forme ? Merci pour le compliment. Je pourrais corriger tes fautes, mais je ne sais pas si je vais le faire... (rire diabolique !). Bref, pour le coup je rejoins un peu Emmanuel : tu es plus parti sur la notion de start up que de pure player. Or, il y a de nombreuses start up même dans les médias les plus classiques. Lorsqu'une boite de prod ou qu'un nouveau magazine sort ses premiers numéros ils rentrent dans cette case aussi.

  • written on 06-May-2008

    SdC [http://www.le-gouter.com/] says:

    D'accord avec Emmanuel. Les pure players se sont fortement structurés.

    Je crois que 2 différences fondamentales existent et qu'elles se nourrissent l'une l'autre.

    Je pense sincèrement que les pure players n'ont pas forcément la même contrainte de style, de ton éditorial.
    Ils peuvent "dérouler" leur style justement (tel un surfeur parce que par ex. ils s'adressent à une niche, plus ou moins large, qui peut elle-même être subdivisible.
    Alors le contenu servira à segmenter et un pure player aura certainement à cœur de recruter en fonction de sa stratégie de segmentation éditoriale.

    Les médias traditionnels sont encore pris dans une logique de masse média (top > down) ce qui influe forcément sur le contenu d'une stratégie éditoriale ; on ratisse large.
    Là réside une différence fondamentale entre médias traditionnels et pure players.

    Pour reprendre les exemples que tu cites, nous touchons à la notion de communauté. Le web a bien une caractéristique centrale qui est d'être le média des centres d'intérêts partagés.
    Tous les sites nommés fédèrent aujourd'hui cette communauté via forums, blogs, newsletters etc.

    Pour illustrer ces 2 points ; l'acquisition par M6, chaine positionnée sur un créneau plutôt jeune et de fait chaine la plus "geek" du réseau hertzien, de Cyréalis est d'une logique implacable.

    Je ne pense pas non plus qu'il est impossible de travailler avec passion pour un média traditionnel.

    Sur le comment le web peut sauver les journeaux un lien en 12 points toujours aussi d'actu : http://tinyurl.com/4s8rzr

  • written on 06-May-2008

    ignazio Lo faro [http://www.bnflower.com] says:

    Dommage pour les fautes, bien fait pour moi

    par contre je ne pense pas que tu caricatures.
    Pour l'ambigüité pure player /starts up, on a compris de quoi on parle .
    Ce que je voulais souligner et qui est plus important c'était le potentiel au changement beaucoup plus affirmé que l'on trouve dans des structures directement issues du Web. Il ne s'agit pas de talent d'ailleurs mais de structures qui favorisent ou ne favorise pas l'adaptation au changement.
    Je connais mal le monde de la presse mais assez bien celui de la musique et je peux t'assurer que dans les Majors j'ai rencontré de nombreuses personnes qui avaient depuis longtemps compris le changement , mais qui se sont heurtés à l'immobilisme d'une hiérarchie et à la fascination du contrôle Ce qui a bloqué l'ensemble des propositions et des alertes qu'ils pouvaient émettre. du coup cela a laissé la place à des initiatives comme MySpace et une multitude d'autres.
    Il ne s'agit pas là de carricature mais de la réalité , sinon comment expliquer qu'une industrie aussi puissante que l'Industrie de la musique qui contrôlait tout ne contrôle plus rien même pas sa pérennité (enfin n'exagérons rien ils vont bien rebondir ,vous inquiétez pas Messieurs/ Dames )

    tien du coup je laisse mes faute d'hortographes et j'en rajoutes d'autre rien que pour me vengher

  • written on 13-May-2008

    Antonin [http://antoninsabot.over-blog.com] says:

    D'accord avec Emmanuel pour la distinction start up / pure players.
    Surtout ce qui me gêne c'est cette idée de gratuité garantissant la passion... ça ne repose sur rien. Et puis c'est oublier un peu vite que de nombreux jeunes journalistes bossent gratuitement... Cela demande une sacré dose de passion! Laquelle n'a pas plus de raison de s'essouffler dans un modèle papier que dans un modèle web.

  • written on 13-May-2008

    cedric says:

    Attendez attendez, je ne dis pas que la passion implique la gratuité, et je ne dis pas non plus que les journalistes ne sont pas passionnés.

    Je dis seulement que, souvent, chez les pure players plus qu'ailleurs, il y a une passion pour le média en lui même, et non pour le métier.

    De cette passion découle un engagement très fort qui permettent aux pure players de réaliser des choses difficilement réalisable dans une entreprise classique.

    Il faut aussi reconnaitre que parfois cet engagement exagéré tourne au type "work alcoholic" et, pour le coup, fait s'effondrer la structure.

  • written on 13-May-2008

    Antonin [http://antoninsabot.over-blog.com] says:

    Passion pour le média, alors d'accord en effet il y a là une ligne de démarcation. Ligne qui ne s'applique d'ailleurs pas forcément aux seuls journalistes. Ayant proposé certains contenus éditoriaux relativement innovants techniquement à quelques rédactions web de la presse française, ce sont parfois les techniciens des sites qui ont fait barrage car cela "changeait leur façon de fonctionner".

  • written on 13-May-2008

    cedric says:

    Antonin, je te rejoins tout à fait sur ce point : les goulets d'étranglement sont multiples et la dimension technique du web influe aussi sur la façon de traiter les sujets. En voilà un billet intéressant à rédiger tiens ;)

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