Written on 11-Sep-2007 by
cedricL'un de mes premiers cours de journalisme a été marqué par une discussion autour du rôle d'un journal. La question initiale était : Un journal fait-il l'actualité ou suit-il l'actualité ? Nous n'avions pas vraiment trouvé de réponse... à l'époque.
La force de sites comme le nouveau
lepost.fr, le récent
rue89.com ou le futur
obiwi résiderait dans leur capacité à donner une double réponse à cette question.
Depuis quelques décennies les médias classiques "font" l'actualité. Une entreprise de presse, comme toute entreprise, doit dégager des bénéfices et base une partie de sa stratégie sur des études auprès des lecteurs : que veulent-ils ? Quand ? Comment ?...
Articles et reportages reposent sur leur jugement d'experts de l'information, possédant tous les moyens financiers et humains pour la mettre en scène.
Le plus important n'est pas forcément le sujet mais la façon dont on peut le traiter, d'où la nécessité de matière première "informationnelle" importante. Qui sont les plus gros producteurs de cette matière première ? Les équipes de com' de deux catégories : les politiques et les grandes entreprises. Ensuite, ce sont des relations personnelles avec les journalistes qui permettent d'obtenir tel ou tel article.
Plusieurs faits récents semblent confirmer ce principe.
. La couverture médiatique de Sarkozy. Qui est le people, pardon l'homme politique, le plus dans l'air du temps ?
Combien de couvertures a-t-il fait en six mois ? Beaucoup. Mais pas trop : il est encore en "top of mind" dans les études et sondages. D'ailleurs les ventes en kiosque le prouvent. Or le décalage est très fort sur ce point : les professionnels des médias en ont marre de parler de lui, ils crient au monopole médiatique, n'y voient plus d'intérêt journalistique tant la matière première créée par les équipes de com' est facile à retraiter. Bref, ils ne sont plus dans l'air du temps car ce que veulent les lecteurs, c'est du Sarko.
. Certains médias essaient de catalyser cet air du temps. L'exemple le plus frappant est
20minutes.fr.
Sa politique éditoriale originelle a été de transmettre ces petits bouts d'actu d'un jour, à la fois dans le fond avec des articles sur des thèmes légers, mais aussi dans la forme, avec une écriture bien plus libre que celle traditionnellement adoptée dans les médias. A priori ils essaient plus de suivre l'actualité que de la faire. Dans le traitement de l'info, ils sont plus proches d'un Rue89 que de Libération, dont ils ont pris la place dans le coeur des jeunes lecteurs.
. hier soir, lors de l'émission
Mots croisés sur France 2 (dispo en video), les invités ont débattu de courts instants du tissu économique français et de la faible reconnaissance des PME dans l'hexagone. Forcément :
des entreprises de 10, 20 voir 50 personnes n'ont pas les moyens de donner la matière première aux journaux. Ce n'est pas qu'elles n'ont rien à raconter, loin de là. Mais elle n'ont pas le temps, or les médias préfèrent soit des histoires de malversations à grande échelle pour faire tomber les grands groupes, soit en cas de speed des infos pré-mâchées par des communiqués de presse (ou déjà traitées ailleurs). Pourtant, ce n'est pas (la seule) actualité économique.
De leur côté, les sites comme lepost.fr, rue89 ou obiwi jouent sur deux tableaux.. Les journalistes imposent une marque média sans citer leurs sources d'inspiration mais avec des interviews en vrai, des reportages sur le terrain et des photos achetées aux agences.
. Les "amateurs" s'emploient (aie, ce n'est pas le bon terme vu l'absence de rémunération, mais bon...) à capter l'air du temps, sans contrainte, en pouvant citer leurs sources d'inspiration et d'argumentation, parler de sujets loin d'un scoop mais qui font de l'audience, etc.
Ca me parait intelligent ;o), même si pour le moment les mises en oeuvre sont largement "brouillonnes" (pour ça je suis dispo et pas cher / 600 euros la journée :), comme souligné chez mes camarades ci-contre (cf l'encart à gauche "lepost.fr fait l'actu").